Sept ballades de bonne foi – Ballade du poète indépendant

Rien n’est meilleur que d’agir à sa guise,

Et le vrai sage est Horace à Tibur.

Ne craignez pas qu’en snob je me déguise ;

Je fuis le monde et ne compte que sur

Les tout petits plaisirs dont je suis sûr.

Dans ma pensée, un rêve de féerie,

Du tabac frais, beaucoup de flânerie,

Cela sera toujours dans mes moyens.

Je ne veux rien de plus, je vous en prie.

L’indépendance est le premier des biens.
Toujours tremblant pour sa place conquise,

L’ambitieux fait un métier très dur.

Avec un bruit de couteau qu’on aiguise,

Il entend bien, dans un recoin obscur,

Se remuer son successeur futur.

L’homme d’argent aussi, je le parie,

N’a de bonheur que pour la galerie.

Pauvre Rothschild, quels ennuis sont les tiens !

Ah ! laissez-moi cueillir l’heure fleurie.

L’indépendance est le premier des biens.
Vous supposez que mon désir, marquise,

Marque pour vous vingt degrés Réaumur,

Et que, dompté par votre grâce exquise,

Pour l’esclavage amoureux je suis mûr ;

Mais n’allez pas me mettre au pied du mur.

Imperméable à la coquetterie,

J’ai quelque part ma très humble chérie,

A qui je dis : « Prends ton ombrelle et viens ! »

Et nous courons tous deux dans la prairie.

L’indépendance est le premier des biens.
ENVOI
Princes, je suis pour vous sans flatterie.

La République, en mon chemin, me crie :

« Je suis ouverte. Entre ! » Non, citoyens.

Je veux aimer librement ma patrie.

L’indépendance est le premier des biens.

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