J’aurai cinquante ans tout à l’heure ;

Je m’y résigne, Dieu merci !

Mais j’ai ce très grave souci :

Plus je vieillis, et moins je pleure.
Je souffre pourtant aujourd’hui

Comme jadis, et je m’honore

De sentir vivement encore

Toutes les misères d’autrui.
Oh ! la bonne source attendrie

Qui me montait du cœur aux yeux !

Suis-je à ce point devenu vieux

Qu’elle soit près d’être tarie ?
Pour mes amis dans la douleur,

Pour moi-même, quoi ? plus de larme

Qui tempère, console et charme,

Un instant, ma peine ou la leur !
Hier encor, par ce froid si rude,

Devant ce pauvre presque nu,

J’ai donné, mais sans être ému,

J’ai donné, mais par habitude ;
Et ce triste veuf, l’autre soir,

― Sans que de mes yeux soit sortie

Une larme de sympathie, ―

M’a confié son désespoir.
Est-ce donc vrai ? Le cœur se lasse,

Comme le corps va se courbant.

En moi seul toujours m’absorbant,

J’irais, vieillard à tête basse ?
Non ! C’est mourir plus qu’à moitié !

Je prétends, cruelle nature,

Résistant à ta loi si dure,

Garder intacte ma pitié…
Oh ! les cheveux blancs et les rides !

Je les accepte, j’y consens ;

Mais, au moins, jusqu’en mes vieux ans,

Que mes yeux ne soient point arides !
Car l’homme n’est laid ni pervers

Qu’au regard sec de l’égoïsme,

Et l’eau d’une larme est un prisme

Qui transfigure l’univers.

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Les Larmes
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