Au Bord de l’Indre

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D’un flot de ses rayons le soleil vint noyer
Un grand château du temps du roi François premier,
Et l’on voyait briller l’ardoise des toitures,
Les vitraux, les balcons et leurs frêles sculptures.
Tout autour, des fossés d’eau vive s’étendaient,
Où de blancs escaliers jusqu’au bord descendaient,
Et plus loin, des gazons, des massifs de verveines,
Abrités à demi par l’ombrage des frênes.
Puis, dans les profondeurs d’un parc de châtaigniers,
Frais, sinueux, obscurs, s’enfonçaient des sentiers,
Et d’espace en espace, une claire échappée
Laissait voir la prairie où l’herbe, encor trempée
Des larmes du matin, tremblait et scintillait,
Où, pleine jusqu’aux bords, et lente, sommeillait
L’Indre entre deux rideaux de bouleaux et de saules.
Bordant l’horizon bleu de leurs rondes épaules,
Les coteaux s’inclinaient, couverts de vigne en fleur,
Et sous cette verdure et dans cette fraîcheur
Je sentais à l’espoir mon âme se reprendre,
Et dans mon cœur guéri le calme redescendre.

Sur la pelouse, au seuil du château, deux enfans,
Blonds, roses, gracieux dans leurs vêtemens blancs,

Se roulaient: le plus grand avait six ans à peine.
O tendre floraison de l’enfance sereine!
La joie et la santé luisaient dans leurs yeux bleus;
Les bluets fleurissant dans les blés onduleux
Et les myosotis éclos dans l’herbe humide
N’ont pas d’éclat plus pur et d’azur plus limpide
Que ces doux yeux d’enfans. — Venue à leur babil,
Et penchée au balcon sous un dais de coutil,
Leur mère, jeune Anglaise en sa pleine beauté,
Les contemplait le front rayonnant de fierté.
Comme des chants d’oiseaux à travers la ramée,
Leurs rires s’enfuyaient vers la mère charmée.
Elle leur répondait des lèvres et des mains,
Et l’air vibrait au bruit des baisers argentins.
Quand le soleil plus haut sur leurs tètes soyeuses
Fit tomber un faisceau de gerbes lumineuses,
De sa voix la plus tendre elle les appela:
— Edwin! Harry! — Le couple aussitôt s’envola.
Et j’entendis encore au fond de la maison
Des baisers maternels résonner la chanson.

Le paysage alors me parut sombre et vide.
O forêts, ô blés d’or, azur du ciel limpide,
Vous étiez doublement splendides et charmans
Quand vous vous reflétiez dans ces regards d’enfans!
Tandis que lentement je longeais la charmille,
Paix de l’intérieur, mariage, famille,
Ces grands et simples mots dont on rit à vingt ans,
Vinrent devant mes yeux briller en même temps.
Je m’assis tout songeur au bord de la rivière,
Et je vis, reproduit dans l’eau profonde et claire,
Tout un rêve de calme et de contentement:
— Là-bas, sur ce coteau plein d’ombre en ce moment,
Là-bas, où les noyers montent en longue ligne,
Une étroite maison et deux arpens de vigne;
Un verger plein de nids; sur le mur, un jasmin
Dont les brins étoiles pendent vers le chemin;
Et dans ce blanc logis, peuplé de poésie,
Une femme de cœur, et par le cœur choisie,
Une épouse aux yeux bleus, douce et grave à la fois;
Des enfans… La maison retentit de leur voix;
Je crois les voir courir au détour de l’allée,
Comme des oiselets qui prennent leur volée.

Beau rêve! Heureux qui peut, ô fantôme flottant,
Dans la réalité te rapporter vivant!
Chère ombre de bonheur, sans cesse poursuivie,
Plus d’un t’a rencontrée aux sentiers de la vie,
Et dans le grand chemin, hélas! sans le savoir,
Vous vous êtes croisés pour ne plus vous revoir.
Et plus vous vous cherchez, plus grandit la distance;
Chaque pas vous éloigne, et la route est immense,
Et rêveurs amoureux et divines amours
S’en vont se poursuivant et se fuyant toujours.

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