Chanson sur L’Air des Folies D’espagne

«

On languit, on meurt près de

Sylvie :

C'est un sort dont les rois sont jaloux.

Si les dieux pouvaient perdre la vie,

Dans vos fers ils mourraient comme nous.
Soupirant pour un si doux martyre,

A

Vénus ils ne font plus la cour ;

Et

Sylvie accroîtra son empire

Des autels de la mère d'amour.
Le printemps paraît moins jeune qu'elle ;

D'un beau jour la naissance rit moins :

Tous les yeux disent qu'elle est plus belle,

Tous les cœurs en servent de témoins.
Ses refus sont si remplis de charmes,

Que l'on croit recevoir des faveurs :

La douceur est celle de ses armes

Qui se rend la plus fatale aux cœurs.
Tous les jours entrent à son service

Mille amours, suivis d'autant d'amants ;

Chacun d'eux, content de son supplice,

Avec soin lui cache ses tourments.
Sa présence embellit nos bocages ;
Leurs ruisseaux sont enflés par mes pleurs :
Trop heureux d'arroser des ombrages

Où ses pas ont fait naître des fleurs.
L'autre jour, assis sur l'herbe tendre,

Je chantais son beau nom dans ces lieux :

Les zéphyrs, accourant pour l'entendre,

Le portaient aux oreilles des dieux.
Je l'écris sur l'écorce des arbres ;
Je voudrais en remplir l'univers.
Nos bergers l'ont gravé sur des marbres
Dans un temple, au-dessus de mes vers. »
C'est ainsi qu'en un bois solitaire

Lycidas exprimait son amour.

Les échos qui ne sauraient se taire,

L'ont redit aux bergers d'alentour.

Jean de La Fontaine
Chanson

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Chanson sur L’Air des Folies D’espagne
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