Je fu en fleur ou temps passé d’enfance

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Je fu en fleur ou temps passé d’enfance

Et puis après devins fruit en jeunesse ;

Lors m’abaty de l’arbre de plaisance,

vert et non meur*, Folie ma maistresse.

Et pour cela Raison, qui tout redresse

A son plaisir, sans tort ou mesprison**,

M’a a bon droit, par sa tresgrant sagesse.

Mis pour meurir ou feurre de prison***.
En ce j’ay fait longue continuance,

Sans estre mis a l’essor de largesse ;

J’en suy contant et tiens que, sans doubtance,

C’est pour le mieulx, combien que par peresse

Deviens fletry et tire vers vieillesse.

Assez estaint est en moy le tison

De sot desir, puis qu’ay esté en presse****

Mis pour meurir ou feurre de prison.
Dieu nous doint paix, car c’est ma desirance !

Adonc seray en l’eaue de liesse

Tost refreschi et, au souleil de France,

Bien nettié du moisy de tristesse.

J’attens bon temps, endurant en humblesse,

Car j’ay espoir que Dieu ma guerison

Ordonnera ; pource m’a sa haultesse

Mis pour meurir ou feurre de prison.
ENVOI
Fruit suis d’yver qui a meins de tendresse

Que fruit d’esté ; si suis en garnison

Pour amolir ma trop verde duresse,

Mis pour meurir ou feurre de prison.
(*) mûr

(**) injustice

(***) pour mûrir sur la paille de la prison

(****) enfermé

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