La Rose

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Égaré sur l’Othrys après un jour de jeûne,

Le plus ancien des Dieux, l’éternellement jeune

Amour, le dur chasseur que l’épouvante suit,

Né de l’œuf redoutable enfanté par la Nuit

Aux noires ailes, vit la grande Cythérée

Dormant dans son chemin, sur la mousse altérée

Par le matin brûlant, et, pâle d’un tel jeu,

Contempla son visage et ses lèvres de feu.

La Déesse, couchée entre des rocs de marbre,

Reposait, les cheveux épars, au pied d’un arbre

Dont l’abri préservait son front de la chaleur.

Ses beaux yeux étaient clos, mais sur sa joue en fleur,

Dont leur voile exaltait l’impérieuse gloire,

Des franges de longs cils montraient leur splendeur noire.

Comme un prince jaloux qui marque son trésor,

Le soleil éperdu lançait des flèches d’or

Sur son sein éclatant d’une candeur insigne,

Et sa poitrine était de neige comme un cygne,

Et pareille aux brebis errantes d’un troupeau.

Sur sa crinière fauve et sur sa blanche peau

De tremblantes lueurs couraient, surnaturelles.

Entre ses pieds ouverts dormaient deux tourterelles.

Le radieux sourire en pleurs du jour naissant

Folâtrait sur son corps de vierge éblouissant,

Et la nuit du feuillage et l’ombre des érables

Y caressaient, depuis les masses adorables

De la blonde toison jusqu’aux divins orteils,

Les touffes d’or, les lys vivants, les feux vermeils.

Éros la vit. Il vit ces bras que tout adore,

Et ces rougeurs de braise et ces clartés d’aurore ;

Il contempla Cypris endormie, à loisir.

Alors de son désir, faite de son désir,

Toute pareille à son désir, naquit dans l’herbe

Une fleur tendre, émue, ineffable, superbe,

Rougissante, splendide, et sous son fier dessin

Flamboyante, et gardant la fraîcheur d’un beau sein.

Et c’est la Rose ! c’est la fleur tendre et farouche

Qui présente à Cypris l’image de sa bouche,

Et semble avoir un sang de pourpre sous sa chair.

Fleur-femme, elle contient tout ce qui nous est cher,

Jour, triomphe, caresse, embrassement, sourire :

Voir la Rose, c’est comme écouter une lyre !

Notre regard ému suit le frémissement

De son délicieux épanouissement ;

Sa chevelure verte avec orgueil la couvre.

Quand nous la respirons, elle est pâmée, et s’ouvre :

Son parfum d’ambroisie est un souffle. On dirait

Que, par je ne sais quel ravissement secret,

Elle prend en pitié notre amour et nos fièvres,

Et son calice ouvert nous baise avec des lèvres.
Mars 1863.

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