Depuis que j’ai laissé mon naturel séjour

Depuis que j’ai laissé mon naturel séjour

Pour venir où le Tibre aux flots tortus ondoie,

Le ciel a vu trois fois par son oblique voie

Recommencer son cours la grand lampe du jour.
Mais j’ai si grand désir de me voir de retour

Que ces trois ans me sont plus qu’un siège de Troie,

Tant me tarde, Morel, que Paris je revoie,

Et tant le ciel pour moi fait lentement son tour.
Il fait son tour si lent, et me semble si morne,

Si morne et si pesant, que le froid Capricorne

Ne m’accourcit les jours, ni le Cancre les nuits.
Voilà, mon cher Morel, combien le temps me dure

Loin de France et de toi, et comment la nature

Fait toute chose longue avecques mes ennuis.

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