Je meurs de soif auprès de la fontaine…

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Je meurs de soif auprès de la fontaine;

Je trouve doux ce qui doit être amer;

J'aime et tiens chers tous ceux qui me font haine,

Je hais tous ceux que fort je dusse aimer;

Je loue ceux que je dusse blamer,

Je prends en gré plus le mal que le bien;

Je vais quérant ce qu'à trouver je doute;

Croire ne puis cela que je sais bien,

Je me tiens sûr(e) de ce dont plus j'ai doute?

 

Je prens plaisir en ce qui m'est atayne (blessure);

Un peu de chose m'est grand comme la mer;

Je tiens de près celle qui m'est lointaine,

Je garde entier ce que je dusse entamer,

Saoul suis de ce qui me fait affamer;

J'ai largement de tout et si (pourtant) n'ai rien,

J'oublie ce que plus à coeur je boute;

Ce qui me lâche me tient en son lien:

Je me tiens sûr(e) de ce dont plus j'ai doute.

 

Je tiens pour basse chose qui est hautaine;

Je fuis tous ceux que je dusse réclamer,

Je crois plus tard le vrai qu'une fredaine;

Tant plus si froid, plus me sens enflammée (er);

Quand j'ai bon coeur, lors je prends à pâmer;

Ce que j'acquiers je ne tiens pas pour mien,

Je prise peu ce qui bien cher me coûte;

Sotte manière m'est plus que beau maintien,

Je me tiens sûr(e) de ce dont plus j'ai doute.

 

Prince, j'ai tout, et si ne sais combien:

J'attire à moi ce qui plus me déboute;

Ce que j'éloigne m'est plus près qu'autre rien;

Je me tiens sûr de ce dont plus j'ai doute.

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