Plus vite que les autans,

Saqui, l’immortelle, au temps

De sa royauté naissante,

Tourbillonnait d’un pied sûr,

A mille pieds en l’air, sur

Une corde frémissante.
Et l’on craignait que d’un bond

Parfois son vol vagabond

Décrochât, par aventure,

Parmi les cieux étoilés,

Les astres échevelés

Fouettés par sa chevelure.
En haut vers elle parfois,

Comme de tremblantes voix,

Montaient les cris de la foule

Qu’elle voyait du ciel clair

Confuse comme une mer

Où passe l’ardente houle.
Et, soit qu’en faisant un pas

Elle regardât en bas

Ou vers les célestes cimes,

Aux cieux que cherchait son vol,

Comme à ses pieds sur le sol,

Elle voyait deux abîmes.
Dans les nuages vermeils,

Au beau milieu des soleils

Qu’elle touchait de la tête

Et parmi l’éther bravé,

Elle songeait au pavé.

Tel est le sort du poète.
Il trône dans la vapeur.

Beau métier, s’il n’avait peur

De tomber sur quelque dalle

Parmi les badauds sereins,

Et de s’y casser les reins

Comme le fils de Dédale.
Dans l’azur aérien

Qui le sollicite, ou bien

Sur la terre nue et froide

Qu’il aperçoit par lambeau,

Il voit partout son tombeau

Du haut de la corde roide,
Et, sylphe au ventre changeant

Couvert d’écailles d’argent,

Il se penche vers la place

Du haut des cieux irisés,

Pour envoyer des baisers

A la vile populace.
Mai 1855.

Évaluations et critiques :

À Méry
{{ reviewsTotal }}{{ options.labels.singularReviewCountLabel }}
{{ reviewsTotal }}{{ options.labels.pluralReviewCountLabel }}
{{ options.labels.newReviewButton }}
{{ userData.canReview.message }}

Partagez votre interprétation de ce poème et faites-nous part de vos idées créatives!

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x