L’Archet

Elle avait de beaux cheveux, blonds

Comme une moisson d’août, si longs

Qu’ils lui tombaient jusqu’aux talons.
Elle avait une voix étrange,

Musicale, de fée ou d’ange,

Des yeux verts sous leur noire frange.
*
Lui, ne craignait pas de rival,

Quand il traversait mont ou val,

En l’emportant sur son cheval.
Car, pour tous ceux de la contrée,

Altière elle s’était montrée,

Jusqu’au jour qu’il l’eut rencontrée.
*
L’amour la prit si fort au coeur,

Que pour un sourire moqueur,

Il lui vint un mal de langueur.
Et dans ses dernières caresses:

« Fais un archet avec mes tresses,

Pour charmer tes autres maîtresses. »
Puis, dans un long baiser nerveux,

Elle mourut. Suivant ses voeux,

Il fit l’archet de ses cheveux.
*
Comme un aveugle qui marmonne,

Sur un violon de Crémone

Il jouait, demandant l’aumône.
Tous avaient d’enivrants frissons

A l’écouter. Car dans ces sons

Vivaient la morte et ses chansons.
*
Le roi, charmé, fit sa fortune.

Lui, sut plaire à la reine brune

Et l’enlever au clair de lune.
Mais, chaque fois qu’il y touchait

Pour plaire à la reine, l’archet

Tristement le lui reprochait.
*
Au son du funèbre langage,

Ils moururent à mi-voyage.

Et la morte reprit son gage.
Elle reprit ses cheveux, blonds

Comme une moisson d’août, si longs

Qu’ils lui tombaient jusqu’aux talons.

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L’Archet
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