Ballade sur la gentille façon de Rose

Rose est toute caprice, et moi

J’adore son oeil qui pétille,

Et je sens des bonheurs de roi

Rien qu’à lui baiser la cheville.

Elle s’habille, elle babille,

M’appelle avec son regard bleu,

Et puis s’enfuit comme une anguille:

Jamais ne vîtes si beau jeu.
Je marche, comme à Fontenoy,

Contre la folle qui frétille,

Et la voici presque en émoi.

Puis elle s’envole et grappille

Une praline à la vanille:

On dirait que je parle hébreu!

La bonne heure qu’elle gaspille!

Jamais ne vîtes si beau jeu.
Je veux la quereller, ma foi!

Mais sa colère est si gentille!

Allons, c’est moi qui fais la loi,

Je la caresse et je la pille.

Mais elle remet sa mantille,

M’effleure de sa lèvre en feu,

Et pleure pour ma peccadille:

Jamais ne vîtes si beau jeu.
Envoi.
Je baise une larme qui brille,

Un bout de dentelle, un cheveu;

Elle rit, la méchante fille!

Jamais ne vîtes si beau jeu.
Février 1861.

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Ballade sur la gentille façon de Rose
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