J’ai l’esprit tout ennuyé

J’ai l’esprit tout ennuyé

D’avoir trop étudié

Les Phénomènes d’Arate ;

Il est temps que je m’ébatte

Et que j’aille aux champs jouer.

Bons Dieux ! qui voudrait louer

Ceux qui, collés sus un livre,

N’ont jamais souci de vivre ?
Que nous sert l’étudier,

Sinon de nous ennuyer ?

Et soin dessus soin accroître

A nous, qui serons peut-être

Ou ce matin, ou ce soir

Victime de l’Orque noir ?

De l’Orque qui ne pardonne,

Tant il est fier, à personne.
Corydon, marche devant ;

Sache où le bon vin se vend ;

Fais rafraîchir la bouteille,

Cherche une feuilleuse treille

Et des fleurs pour me coucher.

Ne m’achète point de chair,

Car, tant soit-elle friande,

L’été je hais la viande ;
Achète des abricots,

Des pompons, des artichauts,

Des fraises et de la crème

C’est en été ce que j’aime,

Quand, sur le bord d’un ruisseau,

Je les mange au bruit de l’eau,

Etendu sur le rivage

Ou dans un antre sauvage.
Ores que je suis dispos,

Je veux rire sans repos,

De peur que la maladie

Un de ces jours ne me die,

Me happant à l’impourvu :

« Meurs, galant, c’est trop vécu ! »

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J’ai l’esprit tout ennuyé
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