A un maître inconnu

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Du temps que j’étais écolier sauvage

En un vieux collège aux livres moisis,

S’en vint jusqu’à moi, s’en vint une page

D’un recueil tout frais de « Morceaux choisis ».
Comme l’eau d’avril au creux des fontaines,

Ainsi le printemps riait dans ces vers.

Je lus – et je vis, aux brumes lointaines,

S’ouvrir les yeux neufs d’un autre univers.
Je n’étais plus seul dans ma solitude :

Un soleil ami, voilé de langueur,

Dorait les bancs noirs de la sombre étude

Et de sa tendresse inondait mon coeur.
Oh ! les beaux vers francs, et de quelle flamme,

Intimes et chauds, comme le foyer!…

Leur chant vous entrait si profond dans l’âme

Qu’en les récitant on croyait prier.
***
De qui étaient-ils ? Je l’ai su peut-être,

Mais je t’en demande humblement pardon :

O maître inconnu qui fus mon vrai maître,

L’enfant que j’étais oublia ton nom.
En devenant homme, il oublia même

Le rythme des mots qui l’avaient charmé…

Mais l’accent secret, le son du poème,

Je l’entends toujours, comme sublimé.
A sa caressante et souple musique

Si vieilli soit-il, mon coeur fond encor,

Et je bénis l’heure où ta main magique

Suspendit en moi ce théorbe d’or.

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