Voilà que je me sens plus proche encor des choses…

Voilà que je me sens plus proche encor des choses.

Je sais quel long travail tient l’ovaire des roses,

Comment la sauterelle au creux des rochers bleus

Appelle le soleil pour caresser ses neufs

Et pourquoi l’araignée, en exprimant sa moelle,

Protège ses petits d’un boursicot de toile.

Je sais quels yeux la biche arrête sur son faon,

Tellement notre esprit s’éclaire avec l’enfant ;

Je sais quels orgueils fous se cramponnent aux ventres,

Dans les nids, les sillons, les océans, les antres,

Quels sourds enfantements déchirent les terrains,

Quelles clameurs de sang s’élèvent des ravins.

Nous avons le regard des chattes en gésine

Quand le flux maternel nous gonfle la poitrine,

Quand l’embryon mutin bouge dans son étui

Comme un nouveau soleil sur qui pèse la nuit.

Nos seins lourds et féconds comme la grappe mûre

Offrent leur doux breuvage à toute la nature

Et notre obscur penchant voudrait verser son lait

À l’abeille, à la fleur, au ver, à l’agnelet.

Plaine grosse de sève et d’ardeurs printanières,

Écume salivant le désir des rivières,

Prunier croulant de miel, pesantes fenaisons,

Geste courbe et puissant des vertes frondaisons,

J’épouse la santé de votre âme charnelle

À présent que je vais forte comme Cybèle,

Que je suis le figuier qui pousse ses figons,

Qu’ayant connu l’essor hésitant du bourgeon

Et déployé la fleur où la guêpe vient boire,

Je m’achemine au fruit dans l’ampleur de sa gloire.

Le monde n’a plus rien de trop profond pour moi,

J’ai démêlé le sens des heures et des mois,

Et ma main qui s’arrête aux fentes des murailles

Sent dans le flanc du roc palpiter des entrailles.

Je n’aurais pas voulu, desséchant sur mon pied,

Être l’arbre stérile au tronc atrophié

Où l’abeille maçonne aurait creusé sa chambre,

Où quelque cep noueux gonflant sa grappe d’ambre

Aurait mis sur ma branche un air pâlot d’été

Sans que je participe à sa divinité.

Comme la riche nuit entre ses légers voiles

Voit dans son tablier affluer les étoiles,

Comme le long ruisseau abondant de poissons,

Je brasse en épis drus les humaines moissons.

Hommes, vous êtes tous mes fils, hommes, vous êtes

La chair que j’ai pétrie autour de vos squelettes.

Je sais les plis secrets de vos coeurs, votre front

Cherche pour y dormir mon auguste giron,

Et ma main pour flatter vos douleurs éternelles

Contient tous les nectars des sources maternelles.

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