Vieille marine…

Vieille marine. Enseigne noir galonné d’or

qui allais observer le passage de Vénus

et qui mettais la fille du planteur nue,

dans l’habitation basse, par les nuits chaudes.
C’était d’une langueur, c’était d’une tiédeur

de fleurs blanches qui, près de vasières, meurent.

La bien-aimée était apathique et songeuse,

avec un collier noir à son cou de tubéreuse.
Elle se donnait ardemment, et vos rendez-vous

avaient lieu dans la petite chambre basse

où étaient tes cartes et tes compas

et le daguerréotype de tes petites sœurs.
Tes livres étaient le manuel d’astronomie,

le guide du marin et l’atlas des végétaux,

achetés à la capitale, dans une librairie

dont le timbre était un chapeau de matelot.
Vos baisers se mêlaient aux cris du large fleuve

où traînent les racines des salsepareilles

qui rendent l’eau salutaire à tous ceux

qu’atteint la syphilis dans ces contrées du soleil.
Vous cherchiez, dans l’obscurité des étoiles,

le frisson langoureux d’une mer pacifique,

et tu ne cherchais plus, dans le ciel magnifique,

l’éclipse mystérieuse et noire.
Un souci, cependant, à ton œil lointain,

ô jeune enseigne ! errait comme un insecte en l’air.

Ce n’était point la crainte des dangers marins

ou le souvenir des dents serrées des matelots aux fers.
Que non. Quelque duel de ces vieilles marines

avait, à tout jamais, empoisonné ton cœur.

Tu avais tué l’ami le plus cher à ton cœur :

tu gardais son mouchoir en sang dans ta poitrine.
Et, dans cette nuit chaude, ta douleur

ne pouvait s’apaiser, bien que, douce et lascive,

la fille du colon, évanouie de langueur,

nouât au tien son corps battu d’amour et ivre.

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