Une Statue (4)

Un bloc de marbre où son nom luit sur une plaque.
Ventre riche, mâchoire ardente et menton lourd ;

Haine et terreur murant son gros front lourd

Et poing taillé pour fendre en deux toutes attaques.
Le carrefour, solennisé de palais froids,

D’où ses regards têtus et violents encore

Scrutent quels feux d’éveil bougent dans telle aurore,

Comme sa volonté, se carre en angles droits.
Il fut celui de l’heure et des hasards bizarres,

Mais textuel, sitôt qu’il tint la force en main

Et qu’il put étouffer dans hier le lendemain

Déjà sonore et plein de terribles fanfares.
Sa colère fit loi durant ces jours vantés,

Où toutes voix montaient vers ses panégyriques,

Où son rêve d’Etat strict et géométrique

Tranquillisait l’aboi plaintif des lâchetés.
Il se sentait la force étroite et qui déprime,

Tantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,

Et quand il se dressait de toute sa hauteur

Il n’arrivait jamais qu’à la hauteur d’un crime.
Planté devant la vie, il l’obstrua, depuis

Qu’il s’imposa sauveur des rois et de lui-même

Et qu’il utilisa la peur et l’affre blême

En des complots fictifs qu’il étranglait, la nuit.
Si bien qu’il apparaît sur la place publique

Féroce et rancunier, autoritaire et fort,

Et défendant encor, d’un geste hyperbolique,

Son piédestal massif comme son coffre-fort.

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