Une Statue (3)

Prenant pour guide clair l’astre qu’était son âme,

A travers des pays d’ouragans et de flammes,

Il s’en était allé si loin vers l’inconnu

Que son siècle vieux et chenu,

Toussant la peur, au vent trop fort de sa pensée,

L’avait férocement enseveli sous la risée.
Il en était ainsi, depuis des tas d’années

Au long des temps échelonnées,

Quand un matin la ville, où son nom était mort,

Se ressouvint de lui – homme âpre et grandiose –

Et l’exalta et le grandit en une pose

De penseur accoudé sur un roc d’ombre et d’or.
On inscrivit sur ce granit de gloire

L’exil subi, la faim et la prison,

Et l’on tressa, comme une floraison,

Son crime ancien, autour de sa mémoire.
On lui prit sa pensée et l’on en fit des lois ;

On lui prit sa folie et l’on en fit de l’ordre ;

Et ses railleurs d’antan ne savaient plus où mordre

Le battant de tocsin qui sautait dans sa voix.
Et seul, son geste fier domina la cité

Où l’on voyait briller, agrandi de mystère,

Son front large, puissant, tranquille et comme austère

D’être à la fois d’un temps et de l’éternité.

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