En printemps …

En printemps, quand le blond vitrier Ariel

Nettoie à neuf la vitre éclatante du ciel,

Quand aux carrefours noirs qu’éclairent les toilettes

En monceaux odorants croulent les violettes

Et le lilas tremblant, frileux encor d’hier,

Toujours revient en moi le songe absurde et cher

Que mes seize ans ravis aux candeurs des keepsakes

Vivaient dans les grands murs blancs des bibliothèques

Rêveurs à la fenêtre où passaient des oiseaux…

Dans des pays d’argent, de cygnes, de roseaux

Dont les noms avaient des syllabes d’émeraude,

Au bord des étangs verts où la sylphide rôde,

Parmi les donjons noirs et les châteaux hantés,

Déchiquetant des ciels d’eau-forte tourmentés,

Traînaient limpidement les robes des légendes.
Ossian ! Walter Scott ! Ineffables guirlandes

De vierges en bandeaux s’inclinant de profil.

Ô l’ovale si pur d’alors, et le pistil

Du col où s’éploraient les anglaises bouclées !

Ô manches à gigot ! Longues mains fuselées

Faites pour arpéger le coeur de Raphaël,

Avec des yeux à l’ange et l’air  » Exil du ciel  » ,

Ô les brunes de flamme et les blondes de miel !
Mil-huit-cent-vingt… parfum des lyres surannées ;

Dans vos fauteuils d’Utrecht bonnes vieilles fanées,

Bonnes vieilles voguant sur  » le lac  » étoilé,

Ô âmes soeurs de Lamartine inconsolé.

Tel aussi j’ai vécu les sanglots de vos harpes

Et vos beaux chevaliers ceints de blanches écharpes

Et vos pâles amants mourant d’un seul baiser.

L’idéal était roi sur un grand coeur brisé.
C’était le temps du patchouli, des janissaires,

D’Elvire, et des turbans, et des hardis corsaires.

Byron disparaissait, somptueux et fatal.

Et le cor dans les bois sonnait sentimental.
Ô mon beau coeur vibrant et pur comme un cristal.

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