Je vous salis, ma rue

Je vous salis ma rue

et je m’en excuse

un homme-sandwich m’a donné un prospectus

de l’Armée du Salut

je l’ai jeté

et il est là tout froissé

dans votre ruisseau

et l’eau tarde à couler

Pardonnez-moi cette offense

les éboueurs vont passer

avec leur valet mécanique

et tout sera effacé

Alors je dirai

je vous salue ma rue pleine d’ogresses

charmantes comme dans les contes chinois

et qui vous plantent au coeur

l’épée de cristal du plaisir

dans la plaie heureuse du désir

Je vous salue ma rue pleine de grâce

l’éboueur est avec nous.
“Je vous salis, ma rue”, tiré du recueil “Fatras” paru aux éditions Gallimard

© Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques

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