Les Songeants

Share on facebook
Share on twitter
Share on whatsapp

Dans le pays on les appelait les Songeants.

À force d’être ensemble ayant mine pareille,

On eût dit deux sarments, secs, de la même treille.

C’était un vieux marin et sa femme, indigents.
Ils se trouvaient heureux et n’étaient exigeants ;

Car, elle, avait perdu la vue, et lui, l’oreille.

Mais chaque jour, à l’heure où le flux appareille,

Ils venaient, se tenant par la main, bonnes gens,
Et demeuraient assis sur le bord de la grève,

Sans parler, abîmés dans l’infini d’un rêve,

Et jusqu’au fond de l’être avaient l’air de jouir.
Ainsi de leurs vieux ans ils achevaient la trame,

Le sourd à voir la mer, et l’aveugle à l’ouïr,

Et tous deux à humer son âme dans leur âme.

Jean RICHEPIN

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.