Le Te Deum du 1er janvier 1852

Prêtre, ta messe, écho des feux de peloton,

Est une chose impie.

Derrière toi, le bras ployé sous le menton,

Rit la mort accroupie.
Prêtre, on voit frissonner, aux cieux d’où nous venons

Les anges et les vierges,

Quand un évêque prend la mèche des canons

Pour allumer les cierges.
Tu veux être au sénat, voir ton siège élevé

Et ta fortune accrue.

Soit ; mais pour bénir l’homme, attends qu’on ait lavé

Le pavé de la rue.
Peuples, gloire à Gessler ! meure Guillaume Tell !

Un râle sort de l’orgue.

Archevêque, on a pris pour bâtir ton autel

Les dalles de la morgue.
Quand tu dis : – Te Deum ! nous vous louons, Dieu fort !

Sabaoth des armées ! –

Il se mêle à l’encens une vapeur qui sort

Des fosses mal fermées.
On a tué, la nuit, on a tué, le jour,

L’homme, l’enfant, la femme !

Crime et deuil ! Ce n’est plus l’aigle, c’est le vautour

Qui vole à Notre-Dame.
Va, prodigue au bandit les adorations

Martyrs, vous l’entendîtes !

Dieu te voit, et là-haut tes bénédictions,

Ô prêtre, sont maudites !
Les proscrits sont partis, aux flancs du ponton noir,

Pour Alger, pour Cayenne ;

Ils ont vu Bonaparte à Paris, ils vont voir

En Afrique l’hyène.
Ouvriers, paysans qu’on arrache au labour,

Le sombre exil vous fauche !

Bien, regarde à ta droite, archevêque Sibour,

Et regarde à ta gauche :
Ton diacre est Trahison et ton sous-diacre est Vol

Vends ton Dieu, vends ton âme.

Allons, coiffe ta mitre, allons, mets ton licol,

Chante, vieux prêtre infâme !
Le meurtre à tes côtés suit l’office divin,

Criant : feu sur qui bouge !

Satan tient la burette, et ce n’est pas de vin

Que ton ciboire est rouge.

7 novembre. Jersey.

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