Naissance d’Aphrodite

A Théodore de Banville
Les plaines, les sombres plaines de la Mer

Frissonnent opprimées par le courroux des cieux

Mélancoliques jusqu’à la mort

Et déchirés des glaives brillants de l’éclair;

Les Vents sifflent ainsi que des serpents blessés;

Le Flot révolté, le Flot hurlant et sanglotant

Se débat, mordu d’antiques Désespoirs.

Et ce sont à présent

De sinistres chevauchées d’armures

Et le fracas des chocs et les cris d’agonie

Par les plaines, les sombres plaines de la Mer.

Toutes les Colères divines, tous les humains Tourments,

Grondent parmi ces Voix redoutables et tristes,

Grondent dans toutes ces Bouches écumantes,

Et tous les pleurs des Dieux, toutes les larmes des Hommes,

Roulent en ces flots révoltés, ces flots hurlants et sanglotants.

Par les plaines, les sombres plaines de la Mer.
* *
Or, voici naître la Déesse,

Aphrodite ingénue et terrible.

Elle pose sur la poitrine gémissante du Gouffre,

Que torture la tempête implacable –  Ses pieds plus implacables encore  Et aussi doux que des caresses

Longtemps souhaitées,

Ses beaux pieds blancs rapides comme des ailes.

Et les vagues conquises

Portent l’offrande de leurs perles mouillées

Vers Ses hanches intrépides,

Et vers Ses cuisses, recélant

la chaste beauté des bêtes,

Et tout le don divin des chers délires,

Les reflets du ciel illuminé soudain

Et les reflets de l’eau devenue radieuse,

S’unissent en accords de riches clartés

Sur la gloire tranquille de Son ventre.

Sur le torse immortel où palpite

La dangereuse et sublime Source des Extases.

Et sur les seins aigus comme des glaives,

Les reflets du ciel et de l’eau radieuse,

Ornent d’azur et d’or

Les bras aussi candides que des lys

S’abandonnant inertes de langueur,

Les épaules puissantes et charmantes

Qui sont comme fléchies

Sous le poids formidable de leur Royauté.

Mais plus éblouissant que tout le ciel illuminé,

Plus radieux que l’eau radieuse,

Est le clair visage d’Aphrodite.

Sa forme est pure comme une pure idée,

Et les miraculeuses lumières des prunelles

Sont brillantes comme au travers d’intarissables pleurs.

Malgré le sourire ambigu

Qui près des joues volète

Ainsi qu’une abeille

Vers le miel enivrant des lèvres.

Et, toute la mer apaisée,

Se prosterne devant

La grande Reine

Victorieusement surgie du fond de la tourmente.

Tandis que sur le ciel,

Flambe sa chevelure comme une torche ardente.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.