Maintenant que Cloris a juré de me plaire…

Maintenant que Cloris a juré de me plaire

Et de m’aimer mieux que devant.

Je dépite le sort et crains moins sa colère

Que le Soleil ne craint le vent.
Cloris renouvelant ma chaîne presque usée,

Et renforçant mes doux liens,

M’a rendu plus heureux que l’ami de Thésée

Quand Pluton relâcha les siens.
Déjà ma liberté faisait trembler mon âme,

Mon salut me faisait périr,

Je mourais du regret d’avoir tué ma flamme

Combien qu’elle me fît mourir.
Sortant de ma prison je me trouvais sauvage,

J’étais tout ébloui du jour,

De tous mes sentiments j’avais perdu l’usage

En perdant celui de l’amour.
Ainsi l’oiseau de cage alors qu’il se délivre

Pour se remettre dans les bois,

Trouve qu’il a perdu l’usage de son vivre,

De ses ailes et de sa voix.
Dieux! où cette aventure avait porté ma vie!

Je frémissais de son orgueil,

Cependant je sentais que je mourais d’envie

De l’adorer jusqu’au cercueil.
Cloris, travaillez bien à dénouer ma chaîne,

Mon joug est très bien assuré,

Vous seriez fort longtemps pour me mettre en la peine

Dont vous m’avez sitôt tiré.
Je ne suis pas si fol que d’écouter encore

Les censures de ma raison,

Et combien que mon mal eût besoin d’ellébore,

Je prendrais plutôt du poison.

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