La Vénus de Milo

Ce ne fut ni la chair vivante, ni l’argile

Qui servit de modèle à ce corps radieux :

La femme a moins d’orgueil, – la terre est trop fragile,

Et ce marbre immortel vient du pays des Dieux.
Jamais l’âme cruelle aux amantes cachée.

N’eut ce sein ni ce front augustes pour prison,

Et la double colline à ce torse attachée

N’abrite pas un coeur fait pour la trahison.
Comme un rocher marin celle gorge tendue

Vers l’invisible amour des cieux immaculés

Brise de nos désirs la caresse éperdue

Et la refoule au fond de nos esprits troublés.
Image de granit sur nos fanges dressée,

Phare debout au seuil des océans amers,

Statue où le reflet de l’antique pensée

Luit encor sur les temps comme un feu sur les mers !
Toi qui demeures seule à la porte du temple

Dont l’idéal lointain habite les sommets

Et que notre regard avec effroi contemple,

– Celui qui mutila la pierre où tu dormais
Fit au coeur du poète une entaille profonde.

Car, ô Fille des Dieux, immortelle Beauté,

Tes bras, en se brisant, laissèrent choir le monde

Dans les gouffres abjects de la réalité !

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