La terre et l’enfant

Enfant sur la terre on se traîne,

Les yeux et l’âme émerveillés,

Mais, plus tard, on regarde à peine

Cette terre qu’on foule aux pieds.
Je sens déjà que je l’oublie,

Et, parfois, songeur au front las,

Je m’en repens et me rallie

Aux enfants qui vivent plus bas.
Détachés du sein de la mère,

De leurs petits pieds incertains

Ils vont reconnaître la terre

Et pressent tout de leurs deux mains ;
Ils ont de graves tête-à-tête

Avec le chien de la maison ;

Ils voient courir la moindre bête

Dans les profondeurs du gazon ;
Ils écoutent l’herbe qui pousse,

Eux seuls respirent son parfum ;

Ils contemplent les brins de mousse

Et les grains de sable un par un ;
Par tous les calices baisée,

Leur bouche est au niveau des fleurs,

Et c’est souvent de la rosée

Qu’on essuie en séchant leurs pleurs.
J’ai vu la terre aussi me tendre

Ses bras, ses lèvres, autrefois !

Depuis que je la veux comprendre,

Plus jamais je ne l’aperçois.
Elle a pour moi plus de mystère,

Désormais, que de nouveauté ;

J’y sens mon coeur plus solitaire,

Quand j’y rencontre la beauté ;
Et, quand je daigne par caprice

Avec les enfants me baisser,

J’importune cette nourrice

Qui ne veut plus me caresser.

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