Épilogue

Ici toute une vie invisible est enclose

Qui n’a laissé voir d’elle et d’un muet tourment

Que ce que laisse voir une eau d’aspect dormant

Où la lune mélancoliquement se pose.
L’eau songe ; elle miroite ; et l’on dirait un ciel,

Tant elle s’orne d’étoiles silencieuses.

Ô leurre de ce miroir artificiel !

Apparence ! Sérénités fallacieuses !
Sous la blanche surface immobile, cette eau

Souffre ; d’anciens chagrins la font glacée et noire ;

Qu’on imagine, sous de l’herbe, un vieux tombeau

De qui le mort, mal mort, garderait la mémoire.
Ô mémoire, par qui même les clairs instants

Sont douloureux et comme assombris d’une vase ;

L’eau se dore de ciel ; le chœur des roseaux jase ;

Mais le manque de joie a duré trop longtemps.
Et cette eau qu’est mon âme, en vain pacifiée,

Frémit d’une douleur qu’on dirait un secret,

Voix suprême d’une race qui disparaît,

Et plainte, au fond de l’eau, d’une cloche noyée !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.