Camélia et Pâquerette

On admire les fleurs de serre

Qui loin de leur soleil natal,

Comme des joyaux mis sous verre,

Brillent sous un ciel de cristal.
Sans que les brises les effleurent

De leurs baisers mystérieux,

Elles naissent, vivent et meurent

Devant le regard curieux.
A l’abri de murs diaphanes,

De leur sein ouvrant le trésor,

Comme de belles courtisanes,

Elles se vendent à prix d’or.
La porcelaine de la Chine

Les reçoit par groupes coquets,

Ou quelque main gantée et fine

Au bal les balance en bouquets.
Mais souvent parmi l’herbe verte,

Fuyant les yeux, fuyant les doigts,

De silence et d’ombre couverte,

Une fleur vit au fond des bois.
Un papillon blanc qui voltige,

Un coup d’oeil au hasard jeté,

Vous fait surprendre sur sa tige

La fleur dans sa simplicité.
Belle de sa parure agreste

S’épanouissant au ciel bleu,

Et versant son parfum modeste

Pour la solitude et pour Dieu.
Sans toucher à son pur calice

Qu’agite un frisson de pudeur,

Vous respirez avec délice

Son âme dans sa fraîche odeur.
Et tulipes au port superbe,

Camélias si chers payés,

Pour la petite fleur sous l’herbe

En un instant, sont oubliés !

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