Bienvenue à nos visiteurs américains

Carnaval de 1882
Frères, salut! – Jadis vos cohortes altières

– Hélas! nous nous en souvenons –

Connaissaient le chemin de nos rudes frontières

Et l’âpre voix de nos canons.

Ensemble, trop souvent, dans le feu des batailles,

Nous avons, joyeux de mourir,

Échangé notre vie et mesuré nos tailles,

Pour résister ou conquérir.

De votre sang parfois notre rive fut teinte;

Mais, au coeur des anciens rivaux,

La vieille inimitié de races s’est éteinte

Au souffle des progrès nouveaux.

Les haines d’autrefois sont toutes étouffées;

Et nos drapeaux, dans leur beauté,

Au-dessus de nos fronts s’enlacent en trophées

De paix et de fraternité.

La bannière étoilée et notre tricolore

Mêlés aux couleurs d’Albion!

Quel gage d’avenir… quelle sublime aurore

D’embrassement et d’union!

Quel astre à l’horizon! quel radieux présage!

Si les peuples allaient s’unir!…

Si nous allions toucher et voir en plein visage

Ce fantôme de l’avenir!…
Hélas! ce serait trop; ce rêve grandiose

N’est, je le crains, qu’un vain espoir…

Mais, ô nos visiteurs, c’est déjà quelque chose

Que de nous le faire entrevoir!
Soyez les bienvenus! prenez part à nos fêtes;

Nous serrons cordialement vos mains,

Grand peuple qui marchez à toutes les conquêtes

Par tous les plus nobles chemins!
Vous ne trouverez pas chez nous vos tièdes brises,

Vos pelouses, vos orangers;

Mais nos cieux boréaux gardent d’autres surprises

Pour le regard des étrangers.
De nos plaisirs d’hiver l’étincelant cortège

S’ouvre pour vous avec bonheur;

Et notre carnaval fait tinter sur la neige

Tous ses grelots en votre honneur.
Autour de nos banquets, approchez, prenez place!

À vous les sièges les meilleurs!

Sous notre ciel blafard, dans nos palais de glace,

Les coeurs battent chauds comme ailleurs!

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