Deuxième Discours a Mme de la Sablière

...

Ne point errer est chose au-dessus de mes forces;
Mais aussi, de se prendre à toutes les amorces,
Pour tous les faux brillants courir et s'empresser!
J'entends que l'on me dit : «

Quand donc veux-tu
Douze lustres et plus ont roulé sur ta vie : [cesser?
De soixante soleils la course entresuivie
Ne t'a pas vu goûter un moment de repos.
Quelque part que tu sois, on voit à tous propos
L'inconstance d'une âme en ses plaisirs légère,
inquiète, et partout hôtesse passagère.
Ta conduite et tes vers, chez toi tout s'en ressent.
On te veut là-dessus dire un mot en passant.
Tu changes tous les jours de manière et de style;
Tu cours en un moment de

Térence à

Virgile;
Ainsi rien de parfait n'est sorti de tes mains.
Eh bien ! prends, si tu veux, encor d'autres chemins :
Invoque des neuf

Sœurs la troupe tout entière;
Tente tout, au hasard de gâter la matière :
On le souffre, excepté tes contes d'autrefois. »
J'ai presque envie,

Iris, de suivre cette voix;
J'en trouve l'éloquence aussi sage que forte.
Vous ne parleriez pas ni mieux, ni d'autre sorte :
Serait-ce point de vous qu'elle viendrait aussi?
Je m'avoue, il est vrai, s'il faut parler ainsi,
Papillon du

Parnasse, et semblable aux abeilles
A qui le bon

Platon compare nos merveilles.
Je suis chose légère, et vole à tout sujet;
Je vais de fleur en fleur, et d'objet en objet;
A beaucoup de plaisirs je mêle un peu de gloire.
J'irais plus haut peut-être au temple de

Mémoire,
Si dans un genre seul j'avais usé mes jours;
Mais quoi ! je suis volage en vers comme en amours.

Jean de La Fontaine

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Deuxième Discours a Mme de la Sablière
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