L’heure de la Trahison

Quand sous le luxe sombre de septembre se couche le corps animal du monde — les prés humides, les tourbières suant le soir, la sphaigne au fond des étangs —, et que

l'âme s'élève par les étages les plus frêles de l'air jusqu'à la suffocation bleue de son essence,
Quand sonne l'heure d'adorer la divinité sensible dont la musculature se transforme en étoile de plomb, et que l'amant doit s'effacer sans connaître un amour,
Mère revoit sa vie comme un objet de honte.
(Les règles contrefaites, les clefs perdues, les verrous forcés et la toilette vite refaite pour le retour de son seigneur avec des airs de fatigue bien méritée.)
Entendant s'éloigner les pas du soupirant, l'enfant dont c'est la beauté d'être malade garde la chambre. Pendant des heures, sa vue s'abîme à trouver des empires sur

l'image transparente de ses poumons.
Des trompettes tonnent lointaines annonçant qu'un héros se lève de Juda pour vaincre avec puissance.

Dominique Pagnier
Trahison

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L’heure de la Trahison
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