Dans les banlieues

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I
Pas d’amours ! cruelle ironie !

Car là-bas les jeunes amants

S’en vont dans la rose agonie

Du jour, échangeant des serments !
Ils reviennent de la campagne

Avec des touffes de lilas

Dont le parfum les accompagne ;

Ils vont d’un air heureux et las.
Devant l’eau jaunâtre et malade

Ils s’accoudent aux garde-fous

Pour suivre la verte enfilade

Des vieux saules dans les remous.
Pensifs de la joie en allée,

Ils se pressent les mains plus fort,

Songeant que la plus douce allée

Les achemine vers la Mort !
II
Pas d’amours ! malgré ma jeunesse !

Sans qu’aucune dans sa douceur

vienne atténuer ma tristesse

Et mon idéal obsesseur.
Seul s’en aller, faisant des lieues

A pas douloureux, à pas lents,

Pour entendre dans les banlieues

Chanter des chanteurs ambulants.
Seul écouter, sous les lanternes

Dont les faubourgs sont étoilés,

Pleurer les tambours des casernes

Que des crêpes d’ombre ont voilés.
Seul regarder le crépuscule

Où monte le geste agrandi

D’un vieux moulin qui gesticule

Dans une fin d’après-midi !
III
J’ai la nostalgique pensée,

Jugeant tout amour décevant,

Que mon unique fiancée

Est décédée encore enfant.
Qu’elle est morte dans sa chambrette,

Qu’elle est morte au temps des rosiers.

Et que depuis je la regrette

Au fond des soirs extasiés.
Parmi de mornes paysages

Dans les faubourgs de la cité,

Je cherche sur tous les visages

Son fin profil ressuscité.
Et quand je reviens vers la ville

Où tombe le soir émouvant,

Et que le croissant d’or s’effile,

Je crois l’y voir pâle et rêvant.
Dans la gondole de la Lune

Elle vogue en costume clair,

Tandis que je meurs de rancune

En bas, comme au fond d’une mer !

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