Li-taï-pé

A Ernest Cabaner.
Mille étés et mille hivers

Passeront sur l’univers,

Sans que du poète-dieu

Li-taï-pé meurent les vers,

Dans l’Empire du milieu.
*
Sur notre terre exilé,

Il contemplait désolé

Le ciel, en se souvenant

Du beau pays étoilé

Qu’il habite maintenant.
Il abaissait son pinceau;

Et l’on voyait maint oiseau

Ecouter, en voletant

Parmi les fleurs du berceau,

Le poète récitant.
Sur le papier jaune et vert

De mouches d’argent couvert,

Fins et noirs pleuvaient les traits.

Tel, sur la neige, en hiver,

Le bois mort dans les forêts.
Il n’est de soupirs du vent,

De clameurs du flot mouvant

Qui soient si doux que les sons

Que le poète, rêvant,

Savait mettre en ses chansons.
Aromatiques senteurs

Dont s’embaument les hauteurs,

Thym, muguet, roses, jasmin,

Comme en des rêves menteurs,

Naissaient sous sa longue main.
*
A présent, il est auprès

De Fo-hi, dans les prés frais,

Où les sages s’en vont tous,

A l’ombre des grands cyprès,

Boire et rire avec les fous.

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Li-taï-pé
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