L’innocence

Si tu veux nous ferons notre maison si belle

Que nous y resterons les étés et l’hiver !

Nous verrons alentour fluer l’eau qui dégèle,

Et les arbres jaunis y redevenir verts.
Les jours harmonieux et les saisons heureuses

Passeront sur le bord lumineux du chemin,

Comme de beaux enfants dont les bandes rieuses

S’enlacent en jouant et se tiennent les mains.
Un rosier montera devant notre fenêtre

Pour baptiser le jour de rosée et d’odeur ;

Les dociles troupeaux, qu’un enfant mène paître,

Répandront sur les champs leur paisible candeur.
Le frivole soleil et la lune pensive

Qui s’enroulent au tronc lisse des peupliers

Refléteront en nous leur âme lasse ou vive

Selon les clairs midis et les soirs familiers.
Nous ferons notre coeur si simple et si crédule

Que les esprits charmants des contes d’autrefois

Reviendront habiter dans les vieilles pendules

Avec des airs secrets, affairés et courtois.
Pendant les soirs d’hiver, pour mieux sentir la flamme,

Nous tâcherons d’avoir un peu froid tous les deux,

Et de grandes clartés nous danseront dans l’âme

A la lueur du bois qui semblera joyeux.
Émus de la douceur que le printemps apporte,

Nous ferons en avril des rêves plus troublants.

- Et l’Amour sagement jouera sur notre porte

Et comptera les jours avec des cailloux blancs…

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L’innocence
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