Je jure le jour et la nuit…

Je jure le jour et la nuit

Et la froide horreur de la nuit

Où la tristesse me convie,

Que le temps de mon amitié

Doit plus durer de la moitié

Que ne fait celui de ma vie.
Après que mon suprême jour

M’aura porté dans le séjour

Des âmes mieux favorisées,

Mon âme versera des pleurs

Qui feront naître mille fleurs

Dans les campagnes Elysées.
Ce doux et ce poignant souci;

Le même qui me touche ici,

Revivra dans mon âme morte,

Et les esprits qui me verront,

Approchant mon feu jureront

Qu’ils n’en ont point vu de la sorte.
Après moi d’un amour flatteur

Quelque infidèle serviteur

Surprendra tes désirs novices,

Et tu n’as point assez de foi

Pour permettre que mes services

Te fassent souvenir de moi.
Je te conjure par tes yeux

Que j’aime, et que j’honore mieux

Ni que le ciel ni que la terre,

Tôt ou tard de t’en repentir:

Car le ciel te ferait sentir

Quelque pointe de son tonnerre.

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Je jure le jour et la nuit…
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