Ballade, à sa Mère, Madame Élisabeth Zélie de Banville

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Toujours charmé par la douceur des vers,

Ne pense pas que je m’en rassasie.

Même à cette heure, en dépit des hivers,

J’ai sur la lèvre un parfum d’ambroisie.

Né pour le rhythme et pour la poésie,

Dans nos pays, où, tenant son fuseau,

Le long des prés où chante un gai ruisseau

Va la bergère au gré de son caprice,

Je surprenais les soupirs du roseau,

Tu le sais, toi, ma mère et ma nourrice.
Tout a son prix; mais hors les lauriers verts,

Je puis encor tout voir sans jalousie,

Car chanter juste en des mètres divers

Serait ma loi, si je l’avais choisie.

Quand m’emporta la sainte frénésie,

Parfois, montant Pégase au fier naseau,

J’ai de ma chair laissé quelque morceau

Parmi les rocs; plus d’une cicatrice

Marquait alors mon front de jouvenceau,

Tu le sais, toi, ma mère et ma nourrice.
Et je me crois maître de l’univers!

Car pour orner ma riche fantaisie,

J’ai des rubis en mes coffres ouverts,

Tels qu’un avare ou qu’un sultan d’Asie.

Foin de l’orgueil et de l’hypocrisie!

Comme un orfèvre, avec le dur ciseau

Dont mainte lime affûte le biseau,

Je dompte l’or sous ma main créatrice,

Car une fée enchanta mon berceau,

Tu le sais, toi, ma mère et ma nourrice.
Envoi.
Ma mère, ainsi j’aurai fui tout réseau,

N’étant valet, seigneur ni damoiseau.

(Que de ce mal jamais je ne guérisse!)

J’aurai vécu libre comme un oiseau,

Tu le sais, toi, ma mère et ma nourrice.
19 Novembre 1869.

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