Ode — Les malheurs de la révolution

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Sors des demeures souterraines,

Néron, des humains le fléau !

Que le triste bruit de nos chaînes

Te réveille au fond du tombeau.

Tout est plein de trouble et d’alarmes :

Notre sang coule avec nos larmes ;

Ramper est la première loi :

Nous traînons d’ignobles entraves ;

On ne voit plus que des esclaves :

Viens : le monde est digne de toi.
Ils sont dévastés dans nos temples

Les monuments sacrés des rois :

Mon oeil effrayé les contemple ;

Je tremble et je pleure à la fois.

Tandis qu’une fosse commune,

Des grandeurs et de la fortune

Reçoit les funèbres lambeaux,

Un spectre, à la voix menaçante,

A percé la tombe récente

Qui dévora les vieux tombeaux.
Sa main d’une pique est armée :

Un bonnet cache son orgueil ;

Par la mort sa vue est charmée :

Il cherche un tyran au cercueil.

Courbé sur la poudre insensible,

Il saisit un sceptre terrible

Qui du lis a flétri la fleur,

Et d’une couronne gothique

Chargeant son bonnet anarchique,

Il se fait roi de la douleur.
Voilà le fantôme suprême,

Français, qui va régner sur vous

Du républicain diadème

Portez le poids léger et doux.

L’anarchie et le despotisme,

Au vil autel de l’athéisme,

Serrent un nœud ensanglanté,

Et s’embrassant dans l’ombre impure,

Ils jouissent de la torture

De leur double stérilité.
L’échafaud, la torche fumante,

Couvrent nos campagnes de deuil.

La Révolution béante

Engloutit le fils et l’aïeul.

L’adolescent qu’atteint sa rage

Va mourir au champ du carnage

Ou dans un hospice exilé ;

Avant qu’en la tombe il s’endorme,

Sur un appui de chêne ou d’orme,

Il traîne un buste mutilé:
Ainsi quand l’affreuse Chimère

Apparut non loin d’Ascalon,

En vain la tendre et faible mère

Cacha ses enfants au vallon.

Du Jourdain les roseaux frémirent ;

Au Liban les cèdres gémirent,

Les palmiers à Jézeraël,

Et le chameau laissé sans guides,

Pleura dans les sables arides

Avec les femmes d’Ismaël.
Napoléon de son génie

Enfin écrase les pervers ;

L’ordre renaît : la France unie

Reprend son rang dans l’univers.

Mais, géant, fils aîné de l’homme,

Faut-il d’un trône qu’on te nomme

Usurpateur ? Mal fécondé,

L’illustre champ de ta victoire

Devait-il renier la gloire

Du vieux Cid et du grand Condé ?
Racontez, nymphes de Vincenne,

Racontez des faits inouïs,

Vous qui présidiez sous un chêne

A la justice de Louis !

Oh ! de la mort chantre sublime.

Toi qui d’un héros magnanime

Rends plus grand le grand souvenir,

Quels cris aurais-tu fait entendre,

Si, quand tu pleurais sur sa cendre,

Ton oeil eût sondé l’avenir ?
Le vielllard-roi dont la clef sainte

De Rome garde les débris

N’a pu, dans l’éternelle enceinte,

A son front trouver des abris

On peut charger ses mains débiles

De fers ingrats, mais inutiles,

Car il reste au Juste nouveau

La force de sa croix divine,

Et de sa couronne d’épine,

Et de son sceptre de roseau.
Triomphateur, notre souffrance

Se fatigue de tes lauriers ;

Loin du doux soleil de la France

Devais-tu laisser nos guerriers ?

La Duna, que tourmente Eole,

Au Neptune inconnu du pôle

Roule leurs ossements blanchis,

Tandis que le noir Borysthène

Va conter le deuil de la Seine

Aux mers brillantes de Colchis.
A l’avenir ton âme aspire ;

Avide encore du passé,

Tu veux Memphis ; du temps l’empire

Par l’aigle sera traversé.

Mais, Napoléon, ta mémoire

Ne se montrera dans l’histoire

Que sous le voile de nos pleurs :

Lorsqu’à t’admirer tu m’entraînes,

La liberté me dit ses chaînes

La vertu m’apprend ses douleurs.
Paris, 1813.

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