Sur le pays des chimères

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Sur le pays des chimères

Notre vol s’est arrêté :

Conduis-nous en sûreté

Pour traverser ces bruyères,

Ces rocs, ce champ dévasté.
Vois ces arbres qui se pressent

Se froisser rapidement ;

Vois ces roches qui s’abaissent

Trembler dans leur fondement.

Partout le vent souffle et crie !
Dans ces rocs, avec furie,

Se mêlent fleuve et ruisseau ;

J’entends là le bruit de l’eau,

Si cher à la rêverie !

Les soupirs, les voeux flottants,

Ce qu’on plaint, ce qu’on adore…

Et l’écho résonne encore

Comme la voix des vieux temps,
Ou hou ! chou hou ! retentissent ;

Hérons et hiboux gémissent,

Mêlant leur triste chanson ;

On voit de chaque buisson

Surgir d’étranges racines ;

Maigres bras, longues échines ;

Ventres roulants et rampants ;

Parmi les rocs, les ruines,

Fourmillent vers et serpents.
À des noeuds qui s’entrelacent

Chaque pas vient s’accrocher !

Là des souris vont et passent

Dans la mousse du rocher.

Là des mouches fugitives

Nous précèdent par milliers,

Et d’étincelles plus vives

Illuminent les sentiers.
Mais faut-il à cette place

Avancer ou demeurer ?

Autour de nous tout menace,

Tout s’émeut, luit et grimace,

Pour frapper, pour égarer ;

Arbres et rocs sont perfides ;

Ces feux, tremblants et rapides,

Brillent sans nous éclairer !…

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